lundi, avril 09, 2007

Un homme et la fenêtre

Dans l’antre, un feu crépitait réchauffant la petite chaumière d’un vieil homme silencieux. Bien que la nuit fût tombée depuis plusieurs heures, il demeurait assis regardant par sa fenêtre. Il écoutait le silence, se rappelant les années heureuses du passé et mangeant lentement une brique de fromage qu’un voisin lui avait échangée contre un jouet pour son fils. Au loin, le tonnerre rugit et soudainement on cogna à sa porte. La voix d’un homme fendit le silence de la chaumière : « Bonne gens, je vous implore, donnez moi refuge pour la nuit, votre est la seule lueur dans les ténèbres et l’orage se rapproche. » L’homme se leva lentement sans un mot et s’approcha de la porte. Un homme plus jeune et ayant plus à perdre aurait peut-être regardé par la fenêtre, mais pas lui. Il fit tourner le verrou et ouvrit toute grande la porte de sa petite chaumière. « Entrez, brave voyageur, mais sachez que vous devrez payer mon prix… » L’homme fit une pause, regardant le visage maintenant suspicieux du voyageur, puis il termina sa phrase : « écouter les histoires qu’un vieil homme désire partager et qu’un village n’a plus le désir de subir. » Il sourit largement et d’un geste de la main invita le voyageur à entrer dans sa demeure. Le voyageur passa le seuil en souriant et répondit : « Je veux bien écouter les histoires d’un vieil homme si c’est le prix à payer pour un toit au-dessus de ma tête pendant cet orage. » Le vieil homme lui indiqua une chaise près du feu et servit une tasse d’eau chaude pour le voyageur. « Vous devez avoir soif et faim, je ne peux vous offrir beaucoup, mais vous pouvez partager mon fromage et mon thé.
- Vous êtes bien aimable mon brave, mais je vous propose plutôt de partager mon gibier et ma gourde de vin. » Le vieil homme sourit et apporta tasses, ustensiles et plats pour faire à l’heure tardive un petit souper improvisé. Il s’assit et pendant que son visiteur préparait leur repas, commença à raconter son histoire. « Il y a longtemps voyageur, dans ces contrées, on racontait une bien étrange légende. Une légende qui datait de bien plus longtemps, mais qui avait été remise en vogue par un événement particulier. Vous voyez, mon brave, de l’autre côté de ce chemin s’élevait une auberge, une auberge qui était occupée par un joli couple d’une trentaine de printemps et leur fille qui était connue comme un rayon de soleil pour le village. Elle était d’une beauté certaine, mais il y avait dans le monde et même dans les villages environnants de bien plus grandes beautés, mais très peu de beautés avaient son esprit vif et surtout son dévouement pour autrui. Elle était, je puis dire la femme la plus parfaite que cette contrée n’ait jamais vue. » Le vieil homme fit une courte pause, remplissant sa pipe d’un peu de tabac sans en offrir à son visiteur, puis reprit son récit. « La légende commence vraiment lorsque le père de la jeune Minère, car ses parents avaient nommé la beauté du village par ce nom, décida de remplacer les vitres de ces fenêtres. Vous devez comprendre que l’art du verre est très rare dans cette région et qu’il en devenait très coûteux de faire une telle réparation. Mais le bonhomme était têtu, et aussi un peu avare alors, au lieu de se rendre à la ville pour contracter un verrier, il se rendit au manoir abandonné derrière la colline à la croisée des chemins... Vous replacez oui, vous êtes passé devant. Et bien il y a longtemps les vitres de ce manoir étaient intactes et, bien que l’on disait l’endroit maudit, le bonhomme n’hésita pas à prendre cette ressource pour son auberge. Il remplaça lui-même une à une les vitres, se vantant même d’avoir eut un prix incroyable d’un habitant de la ville qui était près à tailler le verre tant qu’il n’avait pas à le poser dans un village miteux. Ces paroles indignèrent les habitants du village, mais c’était selon le plan de l’aubergiste. Il leur avait donné une raison d’haïr, alors ils cherchaient pas d’où venait réellement ce verre. » L’homme fit une nouvelle pause, son visiteur demeurait silencieux et regardait périodiquement par la fenêtre. La pluie commençait à tomber légèrement. « Il termina rapidement sa rénovation et les choses bizarres débutèrent, des voyageurs commencèrent à raconter que la nuit ils avaient été réveillés par la plus belle jeune femme du royaume qui marchait dans les halls de l’auberge. Ils racontaient aussi que si on allait voir à une certaine fenêtre la nuit de la pleine lune l’on pouvait apercevoir la silhouette de cette femme prenant son bain. Pour comble de malheur la fenêtre indiquée était celle de la chambre de Minère. L’aubergiste fit tout pour mettre fin à cette rumeur, mais vous savez comment sont les jeunes hommes… Il ne fallut qu’une année pour faire la réputation de l’auberge, et les visiteurs affluaient pour la chance de voir cette femme mystérieuse. » Une autre pause de l’homme, alors qu’il regarda derrière son épaule par la fenêtre où la pluie tombait toujours un peu plus fort. « La tragédie comme il devait arriver arriva, il y a presque 200 ans maintenant, le prince et sa princesse vaniteuse vinrent voir le phénomène. Ils réservèrent l’auberge au grand complet pour le prince, la princesse et leur suite. La première nuit, ils ne virent personne; Tout de suite, la princesse accusa l’histoire d’être un coup monté de l’aubergiste et de sa fille ou sa femme. La deuxième nuit passa et toujours aucune manifestation de la mystérieuse femme. Ils passèrent une semaine à l’auberge et aucune manifestation; Outrée de perdre son temps la princesse demanda de partir. Comme pour narguer la famille royale le jour de leur départ, à la fenêtre de Mathilde une silhouette apparut à la fenêtre, se baignant lentement. Prise d’une rage folle, la princesse ordonna que l’on barricade l’auberge et que l’on la brûle avec la famille à l’intérieur pour crime contre la couronne. » L’homme se leva et marcha lentement vers sa fenêtre, regardant dehors vers l’autre côté de la route traversant le village. « On raconte aujourd’hui que lorsqu’un visiteur s’arrête dans notre village la jeune femme apparaît à la fenêtre pour rappeler le crime royal contre sa famille. » Il se retourna vers son visiteur qui fixait depuis longtemps la fenêtre d’un air livide.

1 commentaire:

asaathi a dit...

Une petite histoire qui me fut inspirée par la table des rumeurs du DMG II de D&D... dans la table on trouve le résultat: La fille de l'aubergiste est belle le jour mais sous la lumière de la lune elle est la plus belle fille du royaume.